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  • Dernières heures


    Sensation étrange de cette envie folle de serrer dans mes bras les gens que j'aime et qui sont à des milliers de kilomètres de moi depuis des jours et des jours mêlée de cette envie non moins viscérale de rester là, loin, sans autre emploi du temps que celui dicté par mon estomac.

    Alors je n'arrive plus à dormir, comme pour mieux profiter des dernières heures.
    Je ne dois rien rater.

    Comme cette averse de neige à 2 heures du matin, qui a glacé nos mains pendant le chemin de rentrée à pieds. Impression d'iréalité sous le parapluie, trio improbable marchant au pays des voitures. La veille, je faisais la sieste dans l'herbe, le soleil me faisait meme cadeau de quelques tâches de rousseur complémentaires...

    J'écoute les bruits des dormeurs de la maison, ceux des frigos et canalisations. Je me dis que je veux fixer ce moment quelque part.
    Sa saveur de thé refroidi et de savon, la fraicheur des mes doigts et du bout de mon nez, bien emmitouflés dans la couverture que j'ai trainée hors du lit, l'odeur de sucre sur mes mains.

    J'ai bien chaud mais mes pieds commencent à fraichir eux aussi et ma vessie me rappelle à l'ordre de façon de plus en plus pressante... J'entends que ça bouge dans la chambre.

    Je sais que dans quelques minutes, je vais m'extraire de là, me doucher et terminer ma valise, je retarde un peu ce moment en tapotant sur les touches virtuelles mais sonores de ma tablette.
    Allez, juste quelques minutes encore et je pars me rechauffer et me préparer...

  • Switch off

    Je suis loin.
    Je suis décalée.

    Six mille kilomètres et six heures de décalage horaire me font percevoir de manière distanciée les événements que je lis sur les réseaux sociaux. D toute façon, je ne pourrais pas vraiment y prendre part.

    Parfois, mon téléphone sonne, mais avec le décalage c'est rarement un moment où je puisse répondre. J'écoute donc mes messages avec de nombreuses heures de distance. J'en ai reçu un dimanche bers cinq heures du matin.
    On s'est réveillé tard, tous un peu vaseux de la soirée de la veille. Et puis on a pas mal de route à faire alors je range l'info dans un coin de ma tête pour plus tard.

    Je suis loin.

    Il est trois heures du matin. On vient d'arriver. Encore excités par le trajet et les fous rires de la journée, personne ne peut dormir déjà. J'allume mon ordinateur, je regarde intriguée le statut facebook de la fille d'une amie. "RIP, brother". Encore une dispute avec son frère je suppose... 

    Et puis je me  souviens soudain du message de ce matin sur mon téléphone. Laissé par leur mère.

    La panique s'empare de moi. Il faut que je l'écoute. Maintenant.
    Elle a la voix remplie de ces larmes contenues qui annoncent le pire. Son fils est hospitalisé, il est peu probable qu'il s'en sorte. Elle voulait que je l'apprenne au plus tôt.

    Lorsque j'entends cette voix qui déchire mes entrailles, il est déjà mort.

    Je suis décalée.

    Avec la certitude de la nouvelle atroce, je m'effondre. Je pense que les amis qui l'entourent me prennent pour une cinglée. Je me tiens prostrée sur le canapé, une main sur la bouche et l'autre serrée sur ma poitrine. 
    Il est mort, c'est pas possible. Il avait 12 ans. On ne meurt pas à douze ans.

    Je pleure. Je bégaie. 
    Et puis les larmes refluent, je reprends une activité presque normale.
    Un peu plus silencieuse peut-être. Je préviens ma famille et les gens qui le connaissaient. 

    Dans le lit un peu plus tard, je ne parviens pas à dormir. Ma tristesse est immense, je pense à cet enfant et à sa famille. Les larmes coulent en silence mais sans discontinuer. J'aimerais pouvoir les serrer dans mes bras, leur dire que je pense à eux. Je me contente d'un sms de vingt lignes parce que je n'ose pas appeler.

    Pour la première fois depuis des années, je pleure la mort de quelqu'un. 

    Il est presque cinq heures du matin de mon côté du globe.
    Je suis loin.
    Je suis concernée.