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jeudi, 07 mars 2013

(se) Rencontre(r)

Le jour où il l'a rencontrée, il avait déjà entendu parler d'elle des dizaines de fois, il savait son existence depuis plusieurs années. Ils s'étaient loupés plusieurs fois déjà. L'amie prodigue, la fille géniale, celle dont tout le monde a l'air de penser du bien et avec qui tous ses potes avaient vécu tant de moment merveilleux. Il n'était pas jaloux, non, ce serait exagéré... un peu agacé de son omniprésence peut-être, et encore.

À cette soirée de rencontre, il était arrivé parmi la deuxième vague d'invités. Ceux qui ne s'embarrassent jamais vraiment de l'heure d'accueil prévue par les hôtes parce qu'ils ne comptent pas partir à 21 heures de toute façon. Et cette fille, debout un verre à la main, écoutait en souriant un groupe de potes. Il avait deviné qui elle était : c'était la seule inconnue de la soirée.

"Yes, Tom. Enfin là. Viens, faut que je te présente..."
Bonsoir, hello, ravi, enchantée, sourire, reprenons la discussion. Pas grand chose de délirant. Plutôt jolie quand même. Et en insistant, drôle et intéressante. Un quart d'heure plus tard, ils rigolaient de broutilles, une demi-heure de plus et elle lui racontait la fois où elle avait tenté le parapente mais était restée sur la falaise, pleurant de trouille. Il avait compris pourquoi tous lui prêtaient une telle aura.

Puis son amoureuse était arrivée, elle rentrait d'un déplacement en Espagne alors ils avaient passé un peu de temps tous les deux à se raconter leur semaine. Elle était retournée papoter de son côté. Et il avait fini sa soirée comme toutes les autres, à boire et refaire le monde avec les potes et avec cette nouvelle membre du groupe aussi, du coup.
Et ils ne s'étaient plus croisés avant des mois mais au moins il pouvait, lui aussi, expliquer combien cette fille était drôle et sympa et tu te souviens de la soirée où... ?

La deuxième fois qu'ils s'étaient vus, elle était folle amoureuse du beau gosse qui l'accompagnait. On prend des nouvelles, on s'étonne de pas se croiser plus souvent vu le nombre d'amis communs (elle est décidément toujours aussi jolie...) et on fait une place au nouveau, hyper sympa. À ce rythme, ça va finir par être indécent, cette vie parfaite.

Comme la fois précédente, il ne l'a pas revue avant des mois. Comme la fois précédente, il a quand même glané toutes les info la concernant qu'il a pu. Cette fois-ci au moins, il ne se sentait plus coupable vis-à-vis de son amoureuse, elle l'avait quitté.

La fois suivante, il a passé la soirée à se marrer avec elle et son beau gosse. Quand ils se sont dit au revoir, ils se sont promis de se voir plus souvent. Comme la fois précédente. Sauf que -comme la fois précédente- ça paraissait peu faisable.
À l'époque, l'ex de Tom avait refusé net de l'inclure dans les boucles de mails de soirée, verte de jalousie devant cette fille drôle et jolie et que tous aimaient... Et maintenant il allait devoir trouver des stratagèmes, parce que s'il leur proposait un truc, il allait vite avoir l'air de tenir la chandelle...

Et le temps est passé. Et le beau gosse est parti. Et il pouvait désormais l'avouer au moins à lui-même : elle lui plaisait bien, cette fille vue de manière épisodique et fugace. Mais il ne voyait pas trop comment le lui faire comprendre ou faire bouger les choses.

Alors le temps a continué à filer. Au début, il a tenté tous les prétextes pour la voir. Y en avait pas beaucoup alors il a proposé ses services chaque fois que c'était possible. C'est comme ça qu'il s'était retrouvé un samedi matin à faire les cartons avec elle pendant qu'elle lui racontait ses souvenirs avec le beau gosse. Comme ça aussi qu'il est devenu son confident, ça c'est depuis la fois où il l'a consolée spontanément de sa déception mais où il a compris trop tard que c'était pas d'une copine mais d'un mec qui lui plaisir qu'elle lui parlait...

Et aujourd'hui ? Aujourd'hui il est devenu sa BFF, il est celui à qui elle raconte ses plans foireux avec les mecs rencontrés dans les bars, à qui elle demande conseil pour sa tenue avant l'entretien d'embauche, avec qui elle occupe ses soirées d'ennui. Il est son doudou.

Le doudou qu'on aime toujours, même tout usé et mal lavé. Le doudou qu'on traînera partout toujours. Mais le doudou qu'on mettra dans un tiroir chaque fois qu'il y aura un beau gosse à accueillir dans son lit.
Il est là, il trône à la place d'honneur sur son oreiller, puis sur sa commode puis dans un carton au fond du grenier. Le doudou vivra toutes ses émotions mais par procuration.

À moins qu'il ne trouve un moyen de devenir le beau gosse qu'on accueille dans son lit...

 

 

samedi, 24 novembre 2012

La disparition des papillons



 

Un jour, dans une ambiance solennelle et grave, les scientifiques ont rendu le verdict que tout le monde craignait : les papillons étaient définitivement introuvables. On n'en avait plus vu depuis suffisamment longtemps maintenant pour que l'on puisse lister l'espèce au tableau des disparus. C'était fini.
Pas de tour de magie ni de cataclysme inexplicable mais le résultat d'un essoufflement progressif, d'un épuisement face à la diminution des ressources.

Les premières observations dataient. À l'époque, plusieurs chercheurs avaient écrit des articles et des mémoires pour alerter l'opinion publique : les papillons s'affaiblissaient. Si on en trouvait encore, certains d'entre eux étaient de plus en plus difficiles à apercevoir et on craignait que certains autres n'eussent même déjà disparu.

 

Pour autant, les entomologistes n'avaient alors pas perdu espoir. On pouvait encore constater que toutes les catégories d'éphémères restaient observables. Elles étaient étudiées de très près. On fondait tant d'espoir sur eux : ils étaient peut-être la clef pour retrouver la trace de certains papillons. Avec le temps et le travail nécessaire, des croisements restaient possibles. La créations de nouvelles espèces était parfois l'étape-clef de l'évolution des insectes. Pourquoi ne pas croire que les papillons restants, éphémères ou non, suffiraient pour redonner du souffle à l'ensemble du groupe ? Des tentatives isolées pour requinquer les papillons encore en vie ont été tentées. En vain. Les jolies couleurs, les incitations répétées, les changements d'habitat, un peu d'énergie semblait semblait revenir mais la vie s'étiolait à nouveau quelques temps plus tard. Comme inexorablement. La piste des éphémères n'était pas la bonne, il fallait continuer à s'appuyer sur les constatations de papillons, même si elles se faisaient de plus en plus rares.

Un jour enfin, il n'était plus resté pour mener les recherches et se souvenir des papillons que les témoignages répertoriés dans de vieux livres aux pages adoucies par le frottement des doigts, des documentaires archivés et les spécimens exposés sous vitrine dans les musées d'histoire naturelle. Les chercheurs étaient formels, plus trace de vie. Pour autant, on ne voulait pas abandonner. Le monde scientifique mais aussi le grand public, personne ne voulait se résigner.
Parfois, au gré de découvertes archéologiques, on tentait le pari fou de mettre en présence l'essence de plusieurs vieux papillons, on insufflait la vie dans des chrysalides momifiées mais leurs ailes restaient désespérément inertes. Les couleurs figées par des épingles fines ne fanaient pas, le souvenir pouvait rester très vif. Mais les natures mortes ne supportaient pas la comparaison.


Les nouvelles générations arrivèrent, qui n'avaient jamais vu de papillon autrement que sur des images ou par les histoires contées par les plus anciens. Mais comment leur expliquer vraiment ? Comment leur dire ?

Un jour de conférence de presse, alors que tout le monde s'apprêtait à écouter d'un air morne les non-avancées en la matière, on annonça que le doute n'était plus permis : depuis plusieurs semaines et avec certitude, on pouvait l'affirmer, des papillons avaient été repérés. Génération spontanée ? Très longue incubation de larves cachées sous l'écorce ? Micro-climat et micro-espèce ? Personne ne comprenait, personne ne savait mais les faits étaient là. Les papillons étaient de retour.

Rarement une conférence de presse avait été aussi passionnée. Les questions croulaient, les scientifiques étaient dépassés. Car malgré tout, malgré l'émerveillement, la surprise et l'enthousiasme, les chercheurs restaient aussi ignorants qu'avant. Malgré tout, ils ne savaient pas expliquer et encore moins dire si ces papillons étaient les premiers d'une longue série, ou une apparition fugace. Alors, dans l'attente des résultats des examens, le plus simple était probablement de profiter de cette occasion, de partager la découverte. Au cas où.

 

Papillons...

lundi, 30 avril 2012

La rentrée

 
 
Je ne me souviens pas si je portais des habits neufs pour la rentrée parce que les jours qui précédaient me sont très flous mais je crois que je prenais soin de remplir mon cartable avec des stylos neufs et de bien ranger mon cahier de brouillon tout lisse entre mon double décimètre et mon cahier de texte ou mon agenda. Les années où mon cartable crissait trop, je jouais des minutes entières avec la fermeture pour lui permettre de s'assouplir. Je n'ai jamais aimé les choses neuves, j'aime mieux la forme de l'habitude qu'elles prennent à l'usage -à mon usage s'entend...
 

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photo de clarapeix

 
Le premier jour, j'avais toujours cette sensation d'excitation accrochée à mon estomac, pas comme une douleur mais comme un poing à l'intérieur de mon torse qui serrerait doucement, réduisant sa taille. J'étais souvent un peu essoufflée, comme je le suis encore aujourd'hui à chaque événement un peu hors de l'habitude. Et puis hilare aussi. Oui, la rentrée ça m'a toujours rendue pleine de joie, même celles qui représentaient des moments de trouille horrible restaient remplies de sourire. Ce n'est de toute façon pas le premier jour que je suis dans la panique mais les suivants, ceux lors desquels je sais que je suis en route vers la galère. Au début j'ai toujours cet optimisme délirant, cette inconscience souriante qui me portent avec un sourire niais... Les jours de rentrée n'y ont jamais fait exception. Même la 6eme ou le lycée n'ont pas suffi à le changer.
 
J'arrivais donc sur mon lieu d'enseignement guillerette et prête à encaisser les nouvelles du jour. Quand j'étais "nouvelle" je faisais en sorte d'entrer dans les derniers pour m'asseoir à une table de deux déjà occupée et tenter d'engager le dialogue. Sinon c'est simple, je n'aurais jamais parlé à personne... Le reste du temps, j'avais donné rendez-vous à mes copines dans la cour donc je connaissais l'identité de ma future voisine. Mais j'étais quand même excitée/impatiente.
 
Aujourd'hui je vis encore des rentrées très souvent. 
En incorrigible optimiste, je me dis chaque fois que la semaine est neuve, que des choses belles et agréables vont venir remplacer les éventuelles contrariétés de la semaine précédente. 
 
Comme j'ai une vraie facilité de déconnexion un simple week-end de trois jours me donne une impression de coupure avec le travail. Chaque lundi est donc une mini-rentrée, chaque retour de vacances évidemment, et pas seulement quand je suis partie 3 semaines au bout du monde. 
 
Les jours de retour, je suis réveillée un peu avant l'heure, j'envisage semi-éveillée les jours à venir. Quand j'arrive au bureau, j'ai toujours la petite sensation d'appréhension, le serrement d'anticipation de l'estomac, qui m'accompagne quand je traverse le hall de l'immeuble.
 

dimanche, 22 avril 2012

Dernières heures


Sensation étrange de cette envie folle de serrer dans mes bras les gens que j'aime et qui sont à des milliers de kilomètres de moi depuis des jours et des jours mêlée de cette envie non moins viscérale de rester là, loin, sans autre emploi du temps que celui dicté par mon estomac.

Alors je n'arrive plus à dormir, comme pour mieux profiter des dernières heures.
Je ne dois rien rater.

Comme cette averse de neige à 2 heures du matin, qui a glacé nos mains pendant le chemin de rentrée à pieds. Impression d'iréalité sous le parapluie, trio improbable marchant au pays des voitures. La veille, je faisais la sieste dans l'herbe, le soleil me faisait meme cadeau de quelques tâches de rousseur complémentaires...

J'écoute les bruits des dormeurs de la maison, ceux des frigos et canalisations. Je me dis que je veux fixer ce moment quelque part.
Sa saveur de thé refroidi et de savon, la fraicheur des mes doigts et du bout de mon nez, bien emmitouflés dans la couverture que j'ai trainée hors du lit, l'odeur de sucre sur mes mains.

J'ai bien chaud mais mes pieds commencent à fraichir eux aussi et ma vessie me rappelle à l'ordre de façon de plus en plus pressante... J'entends que ça bouge dans la chambre.

Je sais que dans quelques minutes, je vais m'extraire de là, me doucher et terminer ma valise, je retarde un peu ce moment en tapotant sur les touches virtuelles mais sonores de ma tablette.
Allez, juste quelques minutes encore et je pars me rechauffer et me préparer...