lundi, 19 mai 2008
Et si c'était vrai..

Arthur vient de s'installer dans son nouvel appartement et y croise un jour Lauren, une sorte de fantôme qui vit dans son placard. Il vient de s'installer à San Francisco parce qu'il a rompu et son entourage a donc le plus grand mal du monde à croire à son histoire, pensant qu'il s'agit là d'une manifestation de sa dépression. Pendant ce temps, Lauren est dans le coma à la suite d'un accident. Et Arthur ne peut pas accepter de la laisser seule, sans aide. Un jeu de cache-cache, une rencontre inédite va alors avoir lieu...
J'ai découvert Marc Lévy à la télé. C'est rare, très rare que je découvre un nouvel auteur grâce à une interview. Théoriquement, la télé -si elle peut être un moyen de me confirmer que j'ai envie de découvrir tel écrivain ou titre ou histoire- n'est que rarement prescripteur de lecture. Mes envies naissent toujours de hasard ou de discussions avec d'autres lecteurs. Mais là, j'ai tout de suite été charmée par l'histoire de cet architecte qui voit son premier roman (l'histoire qu'il a inventée pour endormir son fils) publié par hasard.
Quelques temps plus tard, je dîne chez une amie qui a laissé traîner le livre sur son canapé et qui, me voyant le feuilleter, me propose : "Je te le prête, j'ai beaucoup aimé." Hop, adopté !
Et le soir même, je l'ouvre et... je ne le repose qu'une fois terminé. Une fois ouvert, impossible en effet de lâcher ce livre. Chaque chapitre terminé, je me disais : "Bon, il faudrait éteindre là quand même." Mais en fait, je voulais savoir comment ça finissait. Je l'ai donc lu d'une seule traite. On peut dire que Lévy, ça se lit très vite. On ne s'attarde pas 107 ans sur les états d'âme torturée des héros ni sur des pages entières de descriptions philosophiques sur l'avenir du monde. L'histoire est simple et très efficace, sans enjolivures inutiles ni digressions pompeuses propres à certains écrivains dont on se demande s'ils écrivent pour nous ou pour leur seul plaisir. Là, j'ai été embarquée dans la vie de deux personnages très attachants...
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jeudi, 10 avril 2008
L'art d'avoir toujours raison
Certains proches qui me liraient pourraient penser que je vais ici parler de moi. Que nenni sacrebleu, je vais vous faire une petite note de lecture !
Alors il se trouve que je découvre Schopenhauer (enfin je découvre... je connaissais de nom because que j'ai subi des cours de philo en terminale) grâce à ce tout petit livre. Il y explique, en 38 stratagèmes, comment faire en sorte de toujours sortir vainqueur d'une conversation, d'un échange d'idées. Soyons honnête, la différence entre certains stratagèmes ne saute pas aux yeux, j'ai parfois eu l'impression qu'il s'agissait de la même méthode exprimée différemment. Mais c'est quand même fort instructif.
On m'avait prévenue « tu vas voir, on utilise tous certains de ces trucs et astuces » et c'est très vrai figurez-vous. Prouvons–le en illustrant notre propos : Pendant toute la durée de cette lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser à une personne qui m'est très chère et qui semble limite être l'auteur de ce livre. Une personne qui a l'air de toujours vouloir tourner les discussions à son avantage. Pas forcément par mauvaise foi (quoique…) mais juste par principe, pour le plaisir d'avoir raison, de gagner.
J'ai par exemple subi à de nombreuses reprises le Stratagème 31 consistant à « avec une subtile ironie, se déclarer incompétent ». Il m'a fallu du temps mais j'ai fini par mettre au jour cette ficelle « attends ba, je dois être stupide, je n'ai pas suivi ce que tu viens de dire… » et à y couper court systématiquement. Fierté immense devant son air ébahi la première fois que je l'ai fait !
Idem pour la diversion préconisée en n°29 : c'est simple, j'ai régulièrement eu droit à un changement pur et simple de sujet de conversation voire à un départ physique de la pièce quand ça ne prend le tour attendu… Façon "j'ai laissé un truc sur le feu, j'y vais là..." J'ai donc rétorqué" un jour par un "tu le sais, n'est-ce pas, que ça m'énerve quand tu décides d'un commun accord avec toi-même que la conversation est finie ?"
Sans parler des stratagèmes 8, 27 et 38 qui concernent tous trois le fait de mettre l'adversaire en colère ou mal à l'aise, d'une manière ou d'une autre. Stratégies absolument idéales à mettre en œuvre quand l'adversaire, c'est moi. Je suis tout sauf patiente et si on sait appuyer où il faut (et en l'occurrence, j'ai l'impression que c'est le cas…) je pars au millième de tour. Eh bien ceux-là, je les ai pris de plein fouet plus d'une fois ! [Thanks God les fois où c'est allé vraiment trop loin, j'ai généralement eu droit à des sortes d'excuses…]
Et moi alors ? Le stratagème que j'utilise le plus ? Le n°36 « Déconcerter, stupéfier l'adversaire par un flot insensé de paroles. » Y a aussi la mauvaise foi mais elle n'est pas citée en tant que telle dans le livre…
Celui que je voudrais mettre en pratique ? Le 34, qui consiste à s'apercevoir que l'adversaire se dérobe, ce qui permet de déduire qu'on a touché un point faible de l'argumentation et de l'exploiter ensuite.
En conclusion, je suis ravie d'avoir lu ce livre : parce qu'il est très intéressant d'abord mais aussi parce que j'ai pris plaisir à m'ouvrir l'esprit. Il va de soi que les termes et le registre de langage utilisés étaient très différents de ceux que je rencontre le plus souvent et ça fait du bien aux neurones de se faire les dents sur des concepts et des tournures inhabituels.
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jeudi, 13 mars 2008
Chercher le vent
Jack vit seul dans sa cabane au Canada depuis un moment déjà, comme en exil, en exil des autres et en exil de lui-même aussi quelque part. Il a été pilote un jour et puis photographe un peu... Par hasard semble t-il croire. Aujourd'hui il est en suspens.
Tristan, lui, ce sont les autres qui aimeraient être en exil de lui. Il est instable et touche à tout et se retrouve une fois de plus à l'hôpital psychiatrique après une bagarre alcoolisée. Jack va l'y chercher mais Tristan ne tient pas longtemps enfermé dans la cabane au Canada.
Alors Jack et Tristan se persuadent que la solution est ailleurs, ils prennent la route et croisent Nuna. Elle aussi est un peu bizarre : elle accepte de partir vers l'inconnu avec deux clients d'un bar d'où elle vient de démissionner...
Et moi aussi, je me suis embarquée sur la route vers le Sud. On s'est arrêté dans le Maine d'abord. On a exploré les choses qui font du bien, les amitiés qui vous portent, les souvenirs qui font grandir, ceux qui aspirent vers le passé, ceux qui mettent des larmes aux yeux, ceux dont on ne sait pas si on a envie de se souvenir justement. On a bien rigolé parfois et on a vécu des émotions profondes aussi.
Ce livre, il m'a parlé de moi. De toutes ces questions que je ne savais pas que je me posais il y a un peu plus d'un an, quand j'étais encore avec lui mais plus tout à fait vraiment. Quand je restais ces longues soirées silencieuse, déjà en exil de nous. Tous ces détails dont je n'avais absolument pas conscience sur le moment mais qui auraient dû hurler si fort pourtant. Tous ces détails que j'ai mémorisés si fort, comme si j'avais eu la prescience qu'ils étaient les derniers...
Ce livre, il m'a bouleversée très profondément, parce que le choix des mots, la musique de la langue est si belle. Parce que le choix de la narration, le parti pris de ne pas abuser des rebondissements improbables est si fort. Parce que ça avance mais ça traîne aussi comme un chemin qu'on doit se frayer au coeur de l'inconnu. Parce que Jack surtout.
Et puis il y a le dernier paragraphe. Je l'ai pris en plein ventre. Ce paragraphe, c'était le pourquoi de ce que je suis aujourd'hui, je crois. Ces mots, je les partagerais bien avec vous, pour en discuter, mais je vous priverais peut-être de ce qu'ils m'ont fait à moi : je suis restée plusieurs minutes, les yeux dans le vague et la chair de poule sur les bras, à ne rien faire d'autre que me demander si je devais attendre ou si je pouvais le recommencer tout de suite.
Je vais attendre un peu, je crois.
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mardi, 19 février 2008
L'amant sans domicile fixe
J'ai mis du temps à entrer dans ce livre. Il était très lent, très méditatif, presque hypnotique.
Et pourtant je n'ai pas eu envie de le lâcher. Parce que certaines pages contenaient des très beaux paragraphes, parce que certaines descriptions me parlaient très fort, parce que j'étais quand même bien intriguée au fond... Alors je l'ai continué en parallèle d'autres romans.
Et puis en fait, c'est en finissant le livre que je me suis dit qu'il était normal que je me sois sentie ballotée, hors du temps, mal à l'aise parfois, nostalgique voire curieuse. Tout s'explique soudain en un chapitre. J'étais soufflée et en même temps pas si étonnée par le dénouement, par la clef du mystère. J'ajoute que la description de Venise et de ses trésors cachés est époustouflante de minutie et de magie.
Morceaux choisis :
"Combien de mots peuvent bien être prononcés autour d'une table au cours d'un dîner, et plus tard, quand on passe au salon ou au jardin ? Des milliers, des centaines de milliers, peut-être un million. Une production de toute façon énorme. Avec un énorme déchet, car, si fidèle qu'elle soit, la mémoire en retient tout au plus quelques phrases, une ou deux saillies, une nouvelle, un commérage inutile à propos de Marrakech, et encore, pour un temps très bref.
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jeudi, 14 février 2008
Donc en fait ben c'est simple....
Cyrano, y a effectivement du comique et du pathétique dedans...
Parce que tu vois, comment dire... Ben c'est pourtant évident... C'est que.. Cyrano il a un grand nez, tu savais ? Donc c'est comique. Mais aussi, Cyrano il est amoureux de Roxane, tu vois. Et en quelque sorte, il l'aime tellement qu'il veut son bonheur, même si c'est pas avec lui. Donc il parle sous son balcon à la place de Christian. Et ça c'est un peu pathétique...
D'un autre côté il lui dit "Monte donc, animal" et là, tu vois c'est drôle ! enfin comique...
Sauf que quand il dit "Ah c'est vrai je suis beau, j'avais oublié" Ben c'est à la fois comique et pathétique. Parce qu'en même temps, il y a une sorte de prise de conscience du fait que ce n'est pas lui qu'elle croit écouter, mais Christian...
Et donc... idéalement, faudrait que tu organises cette argumentation et que tu fasses un plan à la fin de ton introduction. Et tu sais ce que c'est une didascalie au fait ? Ah et puis dans ton développement, tu dois illustrer avec des exemples tirés du texte aussi... Mais sinon, y avait des mots que t'as pas compris dans l'extrait ? Et tu vois ce que je veux dire quand j'explique que ça peut être comique ET pathétique en même temps ?
La pauvre, elle est tombée sur la pire bénévole de l'assoc... Je suis tellement minable, je sens que bientôt c'est elle qui va corriger mes devoirs...

Sinon, grâce à boucli j'ai mangé non végétarien pour la première fois ce soir au Libanais. (d'habitude j'osais pas rapport à l'agneau... je récise mais théoriquement, vous devriez avoir compris tout de suite parce que vous m'adorez tellement, chers lecteurs, que pas un seul détail ne vous échappe !) Bon, l'odeur était parfois un peu trop présente mais c'était miamesque !
01:18 Publié dans Ba lit | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mercredi, 06 février 2008
L'isolement

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.
Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire;
Je ne demande rien à l'immense univers.
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !
Que ne puîs-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.
Quand là feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
Alphonse de Lamartine (1790- 1869)
Premières Méditations poétiques
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samedi, 24 novembre 2007
Les cafards

L'inspecteur Harry Hole travaille pour la police suédoise. Sauf que bon il est un peu rebelle et irrespectueux des régles alors il est comme qui dirait au placard. Ce qui l'arrange bien vu qu'il est très légèrement en train de faire une rechute dans l'alcoolisme. Et voila qu'un jour, on a besoin de quelqu'un pour élucider le meurtre de l'ambassadeur de Suède en Thaïlande. Et hop, contre toute attente, on choisit Harry. Alors zou... en route pour Bangkok !
Harry Hole, tout de suite, il m'a fait penser à un autre héros de polar que j'aime beaucoup : Harry Bosch. Comme lui, il est un peu hanté par des démons contre lesquels il ne parvient pas toujours à lutter et qui lui donnent autant d'atouts que de handicaps pour résoudre les affaires qui lui sont confiées. Sauf que Hole, il est censé avoir 30 ans et que je n'arrive pas à m'y faire tant il semble avoir à gérer un passé lourd et complexe. Je me le représente souvent sous les traits du cinquantenaire Harry Bosch du coup...
Tout ça pour dire que Les Cafards, c'est non seulement un excellent polar avec une enquête minutieuse, des rebondissements, des gentils un peu méchants et des méchants pas si pourris que ça ; mais c'est surtout un livre avec des petites choses autour de l'enquête, un polar comme je les aime où, sous des couverts d'intrigue policière, l'auteur a le talent de nous entraîner dans la moiteur, la perversion et la beauté de Bangkok comme si on y était (dans le tome 1 on était en Australie et c'était déjà génial de réalisme) et où on se glisse dans l'âme de personnages, auréolés d'ambiguïté et de complexité.
PS : Moi je n°2 est sorti depuis un mois déjà. C'est toujours aussi sympa et bien trouvé, peut-être un peu plus mélancolique mais très bien. Pour la librairie, il faut demander "Moi je, et caetera"
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samedi, 20 octobre 2007
Biographie de la faim

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lundi, 03 septembre 2007
Réalité
"How to Build a Universe That Doesn't Fall Apart Two Days Later"
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lundi, 13 août 2007
Aurélien
Ce livre est juste extraordinaire. Cette histoire de non-coup de foudre est tout simplement sublime.
Je l'ai découverte quand j'étais en 4ème je crois. Lu d'une traite. Alors que, comme toujours, je n'avais aucune idée ni du contenu ni de l'auteur. J'avais choisi ce livre à la bilbi juste parce que je trouvais jolie la sonorité du titre : « Aurélien d'Aragon »
J'en garde un souvenir si fort que je n'ose pas le relire alors que cette idée me trotte dans la tête depuis de nombreuses années. Peur d'être déçue. De ne pas être émue. Je me demande si je serais aussi disponible pour cette oeuvre aujourd'hui que je le fus à l'époque. Et puis je suppose aussi que ma « naïveté » d'adolescente sur les relations amoureuses a dû sublimer en partie la magie de la construction de l'amour entre Aurélien et Bérénice. Axe Mon « cynisme » aujourd'hui laisserait-il le charme agir ?

Ca fait si longtemps que je l'ai lu que je ne peux en faire une critique construite. Mais je voudrais vous faire partager deux extraits, dont le premier paragraphe (quand on commence par des lignes pareilles, on veut forcément savoir ce qu'il adviendra ensuite…) qui fut un choc.
« La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois... Qu'elle se fut appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait. »
« La seule chose qu'il aima d'elle tout de suite, ce fut la voix. Une voix de contralto chaude, profonde, nocturne. Aussi mystérieuse que les yeux de biche sous cette chevelure d'institutrice. Bérénice parlait avec une certaine lenteur. Avec de brusques emballements, vite réprimés qu'accompagnaient des lueurs dans les yeux comme des feux d'onyx. Puis soudain, il semblait, très vite, que la jeune femme eût le sentiment de s'être trahie, les coins de sa bouche s'abaissaient, les lèvres devenaient tremblantes, enfin tout cela s'achevait par un sourire, et la phrase commencée s'interrompait, laissant à un geste gauche de la main le soin de terminer une pensée audacieuse, dont tout dans ce maintien s'excusait maintenant. »
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