jeudi, 17 mai 2012

Tindersticks au Trianon

  

Pas un bonsoir pas un sourire pas un signe.

La musique commence immédiatement, alors que je ne me suis même pas préparée, que je ne suis pas tout à fait certaine d'avoir déjà entendu une seule chanson des Tindersticks. En route. Pas de préparation. Tu suis ou tu restes là et tu t'occupes en attendant que ça passe.
 
Etant donné l'étonnement que ce début de concert hyper abrupt a créé chez moi, j'ai pas hésité, j'ai ouvert la portière et me suis embarquée avec eux. Au pire, me suis-je dit, je pourrais toujours somnoler à l'arrière ou m'échapper lors de la pause pipi.
 
En réalité, je ne suis pas descendue, je suis restée dans la voiture, j'ai voyagé avec Tindersticks jusqu'au bout. On venait de finir le repas du dimanche dans le Maine, on partait vers le Sud, il faisait chaud, comme une fin de journée d'été, on partait à l'aventure le long d'une route qui semblait infinie. J'ai pensé aux photo douces et nostalgiques de Nicolas Brunet sur la route 66 et à celle-ci en particulier. Le voyage paraissait plein de promesses.
 
Au détour d'une chanson, j'ai fermé les yeux, j'ai écouté la voix profonde du pianiste me raconter l'histoire d'un couple, j'ai laissé couler la musique qui faisait couler sous mes paupières les paysages qui défilent derrière la vitre, je crois qu'on était en Louisiane. Je me sentais seule dans la salle de concert. Comme si c'était juste pour moi que ces notes et ces mots étaient joués.
 
Chaque fois qu'une chanson finissait, des applaudissements nourris mais jamais d'hystérie. Je crois que tout le public était à l'unisson. Enthousiasme profond mais serein.
 
Chaque morceau me faisait vivre des sensations différentes, le voyage avançait peu à peu. De ce fait,  quand j'y repense, j'ai le souvenir d'un moment cinématographique et pas seulement musical. Pas l'addition de moments mais un ensemble homogène. Au point que malgré les applaudissements, j'ai l'impression qu'il n'y a eu qu'un seul morceau.
Je sais qu'à un moment, on s'est arrêté dans un joli motel au bord de la route, il me semble qu'on a aussi pique-niqué sous les arbres pas loin d'un lac, on a fait une pause pour boire un ice cream soda sur main street dans une toute petite ville endormie.
 
L'autre passagère et moi, on se regardait souvent en souriant pendant que le pied ou la tête marquait le rythme. Je ne sais pas si on ressentait la même chose, mais on était heureuses de les écouter. Et puis on a fini par arriver. Mais ce n'était pas triste parce que c'était écrit : on faisait un morceau de route ensemble puis on se retrouverait, si on le souhaitait, en écoutant l'album.
 
Et ça marche, chaque fois que j'entends Tindersticks, je m'en vais.
 
 
 

 

 

jeudi, 03 mai 2012

Dilution

 

Dos vouté qui s'éloigne discrètement sous l'oeil indifférent des passants guettant le feu orange puis rouge. Volutes de soleil couchant dans la poussière de l'air ambiant enfermé. Pressentiment de l'orage salé.

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Gris fondu au loin, formes indistinctes de pins et de marins. Vent serein qui secoue les voisins. Musique choisie avec soin dans la salle de bain. Shampoing puis crème de soin sur joues mouillées. Sensation salée.

 

Désespoir que laissent entrevoir les soupirs dont le noir n'est plus le seul tiroir. Miroir qui ne croise plus le regard trouillard des matins de semi-cafard. Grand écart, essai de sourire dans le reflet. Abandon salé.

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lundi, 30 avril 2012

La rentrée

 
 
Je ne me souviens pas si je portais des habits neufs pour la rentrée parce que les jours qui précédaient me sont très flous mais je crois que je prenais soin de remplir mon cartable avec des stylos neufs et de bien ranger mon cahier de brouillon tout lisse entre mon double décimètre et mon cahier de texte ou mon agenda. Les années où mon cartable crissait trop, je jouais des minutes entières avec la fermeture pour lui permettre de s'assouplir. Je n'ai jamais aimé les choses neuves, j'aime mieux la forme de l'habitude qu'elles prennent à l'usage -à mon usage s'entend...
 

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photo de clarapeix

 
Le premier jour, j'avais toujours cette sensation d'excitation accrochée à mon estomac, pas comme une douleur mais comme un poing à l'intérieur de mon torse qui serrerait doucement, réduisant sa taille. J'étais souvent un peu essoufflée, comme je le suis encore aujourd'hui à chaque événement un peu hors de l'habitude. Et puis hilare aussi. Oui, la rentrée ça m'a toujours rendue pleine de joie, même celles qui représentaient des moments de trouille horrible restaient remplies de sourire. Ce n'est de toute façon pas le premier jour que je suis dans la panique mais les suivants, ceux lors desquels je sais que je suis en route vers la galère. Au début j'ai toujours cet optimisme délirant, cette inconscience souriante qui me portent avec un sourire niais... Les jours de rentrée n'y ont jamais fait exception. Même la 6eme ou le lycée n'ont pas suffi à le changer.
 
J'arrivais donc sur mon lieu d'enseignement guillerette et prête à encaisser les nouvelles du jour. Quand j'étais "nouvelle" je faisais en sorte d'entrer dans les derniers pour m'asseoir à une table de deux déjà occupée et tenter d'engager le dialogue. Sinon c'est simple, je n'aurais jamais parlé à personne... Le reste du temps, j'avais donné rendez-vous à mes copines dans la cour donc je connaissais l'identité de ma future voisine. Mais j'étais quand même excitée/impatiente.
 
Aujourd'hui je vis encore des rentrées très souvent. 
En incorrigible optimiste, je me dis chaque fois que la semaine est neuve, que des choses belles et agréables vont venir remplacer les éventuelles contrariétés de la semaine précédente. 
 
Comme j'ai une vraie facilité de déconnexion un simple week-end de trois jours me donne une impression de coupure avec le travail. Chaque lundi est donc une mini-rentrée, chaque retour de vacances évidemment, et pas seulement quand je suis partie 3 semaines au bout du monde. 
 
Les jours de retour, je suis réveillée un peu avant l'heure, j'envisage semi-éveillée les jours à venir. Quand j'arrive au bureau, j'ai toujours la petite sensation d'appréhension, le serrement d'anticipation de l'estomac, qui m'accompagne quand je traverse le hall de l'immeuble.
 

dimanche, 22 avril 2012

Dernières heures


Sensation étrange de cette envie folle de serrer dans mes bras les gens que j'aime et qui sont à des milliers de kilomètres de moi depuis des jours et des jours mêlée de cette envie non moins viscérale de rester là, loin, sans autre emploi du temps que celui dicté par mon estomac.

Alors je n'arrive plus à dormir, comme pour mieux profiter des dernières heures.
Je ne dois rien rater.

Comme cette averse de neige à 2 heures du matin, qui a glacé nos mains pendant le chemin de rentrée à pieds. Impression d'iréalité sous le parapluie, trio improbable marchant au pays des voitures. La veille, je faisais la sieste dans l'herbe, le soleil me faisait meme cadeau de quelques tâches de rousseur complémentaires...

J'écoute les bruits des dormeurs de la maison, ceux des frigos et canalisations. Je me dis que je veux fixer ce moment quelque part.
Sa saveur de thé refroidi et de savon, la fraicheur des mes doigts et du bout de mon nez, bien emmitouflés dans la couverture que j'ai trainée hors du lit, l'odeur de sucre sur mes mains.

J'ai bien chaud mais mes pieds commencent à fraichir eux aussi et ma vessie me rappelle à l'ordre de façon de plus en plus pressante... J'entends que ça bouge dans la chambre.

Je sais que dans quelques minutes, je vais m'extraire de là, me doucher et terminer ma valise, je retarde un peu ce moment en tapotant sur les touches virtuelles mais sonores de ma tablette.
Allez, juste quelques minutes encore et je pars me rechauffer et me préparer...