mercredi, 12 mars 2014

Les sanglots

 

C'est arrivé assez lentement. Probablement parce que j'étais dans le métro. Et que la fille en face me regardait. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai senti que tant pis, y aurait pas moyen de juguler le flot, j'ai sorti un mouchoir.

Depuis longtemps longtemps, mon mode de fonctionnement c'est "tu en crèveras s'il le faut mais fais comme si ça allait" voire "fais comme si ça allait aller". Je liste les choses bien, je positive, je crois que ça finit toujours par aller mieux. Je suis une méthode Coué ambulante.

Parfois quand même, l'âge avançant, je perçois les limites de l'exercice, je pressens le craquage imminent. Alors je m'isole ou je marche dans la rue et je laisse couler des larmes silencieuses. Et ensuite ça va mieux, je repars.

Pas ce soir.

Ce soir, c'était trop de peine à évacuer. Ce soir, la terreur à l'idée de ne plus les savoir à côté, à portée, a été plus forte que ma joie sincère et profonde de savoir qu'ils vont être tellement heureux. Et je me suis mise à pleurer. J'étais inconsolable, ce n'était pas juste des larmes calmes pour évacuer le stress comme d'habitude, c'étaient des sanglots de petite fille, ceux qui surviennent quand le chagrin est trop fort. Je pleurais sans pouvoir me calmer, les épaules qui tressautent, la respiration qui halète. J'ai tenté d'endiguer tout ça mais pas possible. Alors j'ai laissé couler mes yeux, mon nez.

Puis j'ai retrouvé le pouvoir de parler sans pleurer, puis celui de penser, puis celui de sourire voire de chanter à tue-tête en faisant le ménage dans la coloc.

Ces sanglots sont comme une prise de conscience de ma capacité à craquer pour de bon et à ne pas me cacher la réalité en la parant d'optimisme et de ça-va-aller. Je suis terriblement triste. Voilà. C'est dit. Et le dire ne fait rien partir, ni le manque par anticipation, ni la peur de ne plus être dans leur vie. Mais ça aide à chercher comment faire au mieux avec cette tristesse et à raisonner aussi sur le fait que ce n'est pas la fin, que je pourrai toujours demander à débouler à la dernière minute, que c'est pas autour de ma peur que je dois me recroqueviller, que je dois être là pour eux en ce moment, pas pour moi.

C'est drôle, hein, j'ai commencé un truc qui s'appelle #100daysofhappiness y a 3 semaines. Ce soir, avec quelques heures de recul, je choisirais presque ces sanglots comme le bonheur du jour.

 

 


Big Bazar, Chante la vie... par rca23

 

samedi, 01 mars 2014

A la maison

 

Je dis "chez moi" ou "à la maison" très facilement.

 

A la maison, c'est basiquement là où je dors. Y compris quand c'est le chez moi de quelqu'un d'autre.

Quand je suis en vacances, l'hôtel est ma maison dès la seconde où j'y dépose mes valises. Si je passe plus d'une nuit chez un ami, on m'entendra facilement dire :
"zut j'ai oublié ce truc à la maison !
- Ah bon mais tu l'avais hier ?
- Non, à la maison, chez toi... dans ma chambre actuelle, quoi."
Pourtant, je n'investis pas les lieux comme un chez moi. Même quand je m'y sens très bien. Et heureusement pour mes hôtes.

Evidemment, tous les "à la maison" ne contiennent pas la même intimité. A la maison des autres, je vis pourtant parfois des trucs d'une pureté telle que je les imprime dans le lot des moments à photographier dans ma mémoire.
Comme la fois où on s'est serrés pour tenir dans le lit, tous les trois en pyjama, à regarder mister Fox.
Ou quand je suis vautrée sur le canapé berger-libellulesque à grignoter des chips en racontant mes malheurs ou mes bêtises.
Ou cette soirée ponctuée de conversations de 3 phrases maximum, couchée sur le parquet, assis devant son ordi, à chantonner lenny kravitz et préparer le voyage chez les soldats enterrés.
Ou quand je me tiens debout dans sa cuisine pendant que réchauffe le poulet au curry et que je lui raconte dans le détail ce week-end qui changera tellement de choses.

Je dis chez moi aussi pour raconter ce que je vis dans l'appartement dont je suis colocataire. Chez moi, et pas chez nous. Je ne me sens pas du tout insultante envers coloc, c'est chez elle aussi sans effleurement de doute dans mon cerveau, pourtant je dis assez peu "chez nous". Je ne le disais pas même quand je vivais chez mes parents. Comme si je ne faisais jamais partie d'un nous.

D'ailleurs au final, chez moi, c'est où ? Eh bien... Je ne sais pas. La maison, c'est partout et c'est nulle part. Je n'appartiens à aucun des endroits qui m'abritent. En tout cas, je ne me sens retenue dans aucun de ces lieux.

Mon cocon, le vrai, celui où je me réfugie quand je vais si mal que personne n'en sait rien, c'est mon lit. Et probablement que ça l'a toujours été. Adolescente puis adulte, j'ai toujours mis dans mon lit des tas de morceaux de ma vie.

Dans mon lit, il y a mon ordinateur, les ampoules de vitamines, les prises pour tout charger, des livres commencés et ceux pour après, une boîte de mouchoirs, ma crème pour les mains, celle pour les pieds, la lampe de chevet, des chaussettes, le doudou de ma kanoup adorée, mes lunettes, une grue en papier aux couleurs de l'Italie, un sachet de bonbons, 4 oreillers...

Dans mon lit, le vendredi soir, il y a souvent les restes de toute ma semaine -vieilles tasses de thé, fringues finalement abandonnées, cachets non pris- et le dimanche soir il n'y a que ce qui m'est absolument nécessaire et l'odeur du linge frais.

Dans mon lit, il y a la trace de gens que j'aime : ceux avec qui j'ai dormi et ceux avec qui je n'ai au contraire surtout pas partagé mes draps ; ceux avec qui j'ai parlé des heures au téléphone et ceux avec qui j'ai envoyé mes mots et mes images par écrans interposés ; ceux dont j'ai rêvé la venue les yeux ouverts et ceux dont j'ai rejoué la venue les yeux fermés...

Mon lit actuel, je l'ai plusieurs fois changé de place dans la chambre, mais toujours, il y a un petit coin où je peux me pelotonner. Ce lit, c'est mon bateau. J'y pense souvent en ces termes. Petite, j'avais même ce jeu qui consistait à considérer que je ne posais pas le pied au sol le matin, mais sur un petit canot qui me faisait naviguer de pièce et pièce, au mépris des requins et des pirates qui rôdaient. Grande, j'ai eu la chance de dormir dans un lit qui aurait été le bateau idéal s'il n'avait été construit en dur dans une chambre pluri-centenaire en Chine, grand et équipé d'une tablette au milieu du lit, de coins et recoins pour y laisser trainer tout son bazar sans perdre la place pour dormir et tout illuminé de couleurs.

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Souvent, alors que je suis désormais supposément adulte, je me mets dans ce bateau et je fais bien attention à ne rien laisser dépasser ni tomber par dessus bord. Je m'y sens au-dessus des trucs ingérables qui me poursuivent... alors qu'il ne consiste plus désormais qu'en un matelas posé directement sur le parquet. J'y rêve d'ailleurs, j'y pleure mes déceptions. Il m'accueille pour les trajets entre moi et moi, j'y vogue vers moi plus sereine, c'est là que je suis chez moi. Chez moi et chez personne d'autre.

Sans aucun doute possible.


16:25 Publié dans Intibacy | Lien permanent | Commentaires (3)

dimanche, 16 février 2014

La première fois

J'ai les mains qui tremblent un peu. Ce n'est pas réellement ma première fois mais ça fait déjà quelques temps depuis la dernière fois alors je suis en quelque sorte intimidée.

Hier soir déjà et ce matin encore, j'ai réfléchi 20 minutes à la bonne tenue et aussi au comportement à adopter. Inutile de faire la timorée je n'ai plus douze ans... et en même temps, je me trouve toujours empotée et hésitante au début. Après aussi, en quelque sorte. Mais ça devient un peu plus fluide au moins...

Quelques instants avant le rendez-vous, j'ai le souffle plus court et le ventre un peu noué. Je me demande si et comment je vais m'en sortir. J'espère aussi que tous les gens autour ne se rendront pas compte, il faut que je me reprenne, que je fasse mine de gérer.

En même temps que la trouille, il y a le sourire d'anticipation. L'excitation. L'envie. J'ai presque aussi hâte que peur.

Allez, je suis prête et on m'attend. Aucune raison de repousser plus longtemps. J'y vais.

Oh la la je ne vais pas y arriver. Je veux faire demi-tour. Je n'aurais jamais dû accepter cette invitation. N'importe quoi.

Hop.

Je ne ferme surtout pas les yeux, j'appréhende tout et tous. Je suis prudente. Je ne sais plus comment on fait, c'est la panique. Alors je commence à me parler : dans ma tête d'abord, je me rappelle que je sais faire puis à voix très basse, je m'encourage et enfin à voix haute, je me félicite de m'être lancée.

Chaque année la même chose puis chaque matin de la semaine ensuite, même si un petit peu moins intensément... La première piste me fiche la trouille, même quand c'est une verte toute facile. Le ski, cet étrange sport que je tente d'apprivoiser depuis quelques années grâce au berger généreux qui m'a ré-entraînée vers la montagne.



14:01 Publié dans Ba trip | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 05 février 2014

Des listes

J'adore les listes, d'un amour immesurable et ridicule. Je liste tout tout tout... tout le temps.

Par exemple ce que je dois emporter dans ma valise, de la brosse à dents au chargeur de téléphone en passant par la culotte et le passeport.
Ou les dossiers à traiter la semaine prochaine puis quel jour et aussi quelles actions à quel moment vers qui.
Je liste aussi les trucs que j'aimerais bien pour la prochaine fois que je serai investie dans une histoire avec quelqu'un comme aimer passer des heures à rien faire au lit ou savoir me faire rire ou aimer des choses que je déteste.
Et puis... Les invités à Noël, les petits bonheurs, le nombre de cartes postales à envoyer, les idées cadeau, les souhaits pour l'an prochain, les envies de voyages, les sacs à main à garder, les sujets de trucs à bloguer, les morceaux que je veux découvrir à tout prix...

Mais je ne liste pas les trucs à acheter quand je fais les courses, pas les choses à faire dans mon temps libre, pas les bidules administratifs en cours que je dois gérer...
Celles-là, ce sont des listes virtuelles, inscrites dans mon cortex en théorie, elles sont souvent approximatives et brouillardeuses en pratique.
Elles sont toutes commencées, avec des items rayés ou semi-rayés ou en cours de rayure ou bientôt rayés.

Parce que le souci, c'est que ce que j'aime avec les listes, ce n'est pas l'impression d'être organisée ni le bonheur de voir les tâches disparaître au fur et à mesure de mon action. Je contemple ces listes sans qu'aucune motivation particulière ne m'envahisse. Le plaisir réside intégralement dans la contemplation de cet ensemble fini.

Je fais juste comme si j'allais pouvoir en traiter les composantes mais je sais très bien que pas du tout. Et au fond, ça m'est parfaitement égal. Après tout qu'importe la fin, ce qui est rigolo et constructif, ce sont les moyens mis pour y parvenir ou échouer.
Pour moi, ça ressemble tout bêtement au processus de la vie.

Alors... je continue à lister ces tâches qui remplissent mon cerveau.
Mon cerveau fait semblant d'être une éponge alors qu'il n'est qu'un puits sans fond.
Et mes tripes arrivent désormais à relativiser : tous mes manquements ne sont pas des fautes passibles de la peine de mort, toutes mes imperfections ne sont pas censées être corrigées pour atteindre une perfection que personne d'autre qui compte n'attend de moi.

Alors... je continue à profiter de ce petit plaisir simple des listes pour tout et n'importe quoi.

00:37 Publié dans Intibacy | Lien permanent | Commentaires (2)