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  • Je suis ennui

    C'est pour moi la pire des choses qui soit. Il n'y a rien que je craigne plus que l'ennui.
    Non que je ne sache pas m'occuper.. plutôt que l'ennui ait une vraie tendance à me désorganiser, me démotiver, m'éloigner du monde.

    Depuis un bon mois maintenant, je m'ennuie. Je n'ai pas une tonne de boulot et en plus, les choses que j'ai à faire ne sont pas des plus fascinantes.

    Je ne voudrais pas avoir l'air d'une capricieuse, je ne demande pas un boulot passionnant à chaque instant. En vieillissant, on apprend qu'une bonne partie de nos tâches sera rébarbatives, que certains sujets inintéressants devront pourtant être traités. Mais ça me va, très bien. Je suis curieuse de nature, je m'intéresse à plein de choses, il m'est facile d'être contente des 30% de missions géniales qui me sont confiées.

     

    Mais là. Rien.

    Un mail par ci par là, une réunion de fin de projet. Rien à faire de sympa.
    Je passe donc mes journées à rien.

    Et comme la démotivation est totale, je ne parviens même pas à trouver l'envie de mettre à jour mes CV ni de les envoyer sur les réseaux sociaux qui vont bien.


    Je tourne en rond.

    Je me sens comme lobotomisée, la bave coulant au coin de mes lèvres, attendant que l'infirmière vienne me porter mes cachets ou mon goûter.

    Du coup pour mettre de la couleur dans ma vie professionelle, je raconte n'importe quoi à mes collègues à la cantoche. Des gens qui sont censés me croire sérieuse et compétente, des stagiaires qui viennent d'arriver... et à qui je dis des trucs du genre " mais enfin on est au 21ème siècle, vous n'allez pas me dire que vous ne couchez jamais le premier soir ? " ou encore " Vous pensez que la boss est encore vierge ? vu son air acariâtre, moi je dirais oui... "

    Faut vraiment que j'arrête les conneries.


  • Poppy Keshi

    Mes fleurs préférées sont les pivoines et les coquelicots. Il y en a plein d'autres que j'aime beaucoup mais ces deux-là sont vraiment celles qui me touchent le plus.

     

    Le coquelicot est de ces fleurs dont j'ai l'impression qu'elles ont une génération spontanée. Elles apparaissent pour des raisons mystérieuses sur le bord de certaines routes ou au milieu de champs de blé. Petites taches de couleur, fragiles et graciles au milieu de la monotonie et de la banalité des grands champs.
    Leur apparition est chaque fois un peu magique, elle tient de la joie simple d'enfance. Surtout qu'il est impossible de l'apercevoir l'hiver, quand la saison est finie, c'est fini.

     

    J'aime aussi ce paradoxe de fleur si fragile alors que si tenace et forte. La finesse de ses pétales tout froissés qui se déchirent si on n'y prend garde, sa tige si fine et torsile (ça veut dire qui se tord facilement dans ma langue personnelle.), la brève durée de vie de cette fleur. J'ai toujours envie d'en prendre soin, d'y faire attention, de peur qu'elle ne disparaisse.

    En même temps, sa tige est très coriace, pour la couper en deux avec les doigts, il faut y mettre de la force, sinon on se blesserait presque. Pareil pour ses pétales en apparence si doux et fins qui sont pourtant très résistants aux froissements et dont l'elasticité est fascinante. Il paraît que le coquelicot aurait même des vertus narcotiques...

    Surtout, le coquelicot me paraît très fier, un peu là à narguer les gens qui tentent de le cueillir puisqu'aussitôt cueilli, il meurt dans la journée, démontrant qu'on n'a pu en saisir l'essence. Il décide de l'endroit où il pousse, du voisinage qu'il accepte, ce n'est pas une fleur de jardinières des terrasses, il reste libre, c'est une fleur des champs. On dit que cette fleur représente "l'ardeur fragile". C'est si bien trouvé !

    Aujourd'hui, je dois me rendre à l'évidence, c'est la fin de la saison, les signes sont tous là, bientôt, je vais devoir me passer de Coquelicot. Cette seule pensée m'est vraiment douloureuse. J'ai pourtant tenté de me préparer à ce moment en voyant la fin de l'été approcher, j'ai interprêté les divers signes et bien compris que petit à petit, Coquelicot disparaissait de mon existence.

    Pour gérer cet évènement, j'en ai un peu parlé autour de moi pour avoir des conseils, j'ai fait des blagues sur ses absences, j'ai tenté de couper plus tôt, puis de renouer un peu. Pas plus qu'un autre je n'aurai réussi à saisir son essence, je n'en ai pas eu le temps ni vraiment le droit, peut-être.

     

    Peu importe, rien n'y fait. J'ai mal. Je suis triste de la disparition de cette fleur.