mardi, 10 janvier 2012

Un petit moka sans sucre

 

 
Radiohead - No Surprises par popefucker


A heart that's full up like a landfill
A job that slowly kills you
Bruises that won't heal

 
Tous les jours à la même heure, tâtonner à la recherche d'un interrupteur, ouvrir les yeux et passer quelques secondes à réfléchir à cette journée qui commence.
Ne plus jamais utiliser la touche bien connue des procrastineurs, se lever et filer direct sous la douche.
 
Efficacité et sourire. Tentative désespérée d'oublier que j'aurais dû faire le tri depuis longtemps dans les sensations et sentiments qui jonchent mon cerveau. S'oublier dans le boulot, se dire que tout à l'heure, à la pause-café, il faudra savoir faire bonne figure.
 
You look so tired and unhappy
Bring down the government
They don't
They don't speak for us

 
Et tous les jours, pour mieux mener cette lutte vaine vers un avenir meilleur, boucher ses oreilles et son cerveau aux nouvelles. Me focaliser sur mai prochain tout en tentant de ne pas croire trop au changement de peur qu'il n'ait pas lieu. Me persuader que j'aime encore mon pays qui ne croit plus aux droits de l'homme, fuir fuir fuir.
 
Se boboïser à mort, prendre son café du midi à la brulerie où on peut choisir parmi tout une variété de grains, faire la maligne en commandant un moka ristretto. Un moka, parce que le café me ramènerait à ma condition de lambda.
 
I'll take a quiet life
A handshake of carbon monoxide

 
Respirer à fonds les odeurs de gaz d'échappement sans plus y prêter attention. Ne me rendre compte de la pollution que quand je respire l'air de la montagne qui pique un peu.
Avoir envie de pleurer ou de laisser crier l'angoisse quand je me rends compte de la proportion de gens qui ne mettent jamais l'environnement non pas au coeur mais même en périphérie de leurs choix de vie.
 
With no alarms and no surprises
No alarms and no surprises
No alarms and no surprises
 
Être tiraillée entre mon instinct altruiste et mon sentiment d'injustice : pourquoi jouerais-je les Don Quichotte quand les autres avancent vers et pour eux-mêmes ? Pourquoi n’aurais-je pas droit, moi aussi, à un monde sans surprises ?
 
Silent
Silent
This is my final fit
My final bellyache with
No alarms and no surprises
No alarms and no surprises
No alarms and no surprises please

 
Choisir l'oubli et le renoncement, même si ça fait mal parfois. Parce que tuer l'instinct, c'est long et compliqué, il revient à la charge, ce fourbe.
Mais choisir de ravaler tout ça et de vivre dans le silence, dans la bulle coconneuse que crée l’individualisme. Je n’aime plus personne et pas même moi. Et je réfléchis à m’acheter ce nouveau sac à main à 499 euros. Couleur moka plutôt que tabac, c’est plus dans les tons de l’hiver, cette année.
Acheter le silence de la superficialité.
Se savoir protégée et hyper privilégiée dans mon monde pourri gâté de cadre supérieure célibataire.
 
Such a pretty house and such a pretty garden
No alarms and no surprises
No alarms and no surprises
No alarms and no surprises please

 
Acheter des petits gâteaux pour les déjeuners entre amis du dimanche. Des éclairs, des religieuses et des mokas, bien emballés dans la boite blanche du pâtissier. Se demander si ce n’est pas ça, finalement, le bonheur : une maison avec un petit jardin bien propret comme seul univers, comme un bunker au sein duquel rien ne peut m’atteindre.

Pas même les discours xénophobes et réducteurs de mes gouvernants qui pourrissent mieux que la « crise » les esprits de mes concitoyens.
 
Et cesser de rêvasser sur mon bol de thé, enfiler mon manteau et mes chaussures, et partir travailler en sachant que, si, bien sûr que si, la douleur au ventre en pensant à ce que devient mon pays sera encore là aujourd’hui. Et demain. Et après…
 


Paroles et musique : Radiohead – No surprises


00:30 Publié dans Intibacy | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Toi t'es fin prête pour prendre une carte de parti :p

Trève de plaisanterie

Comme je te comprends...

Écrit par : catnatt | mardi, 10 janvier 2012

je sais bien que tu me comprends
:)

Écrit par : baci | mercredi, 11 janvier 2012

j'ai piqué cette citation à Septie qui illustre bien tes propos que je comprend et partage :

"L'année à venir n'existe pas. Nous ne possédons que le petit instant présent." (Mahmûd Shabestari)

Et donc en 2012, soyons nous-même à chaque instant et soyons bienveillants envers nous-même comme envers les autres !
Gros bisous

Écrit par : grain de sel | jeudi, 12 janvier 2012

Comme ça te ressemble, grain de sel
:)

Écrit par : Baci | dimanche, 22 janvier 2012

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