samedi, 24 novembre 2012

La disparition des papillons



 

Un jour, dans une ambiance solennelle et grave, les scientifiques ont rendu le verdict que tout le monde craignait : les papillons étaient définitivement introuvables. On n'en avait plus vu depuis suffisamment longtemps maintenant pour que l'on puisse lister l'espèce au tableau des disparus. C'était fini.
Pas de tour de magie ni de cataclysme inexplicable mais le résultat d'un essoufflement progressif, d'un épuisement face à la diminution des ressources.

Les premières observations dataient. À l'époque, plusieurs chercheurs avaient écrit des articles et des mémoires pour alerter l'opinion publique : les papillons s'affaiblissaient. Si on en trouvait encore, certains d'entre eux étaient de plus en plus difficiles à apercevoir et on craignait que certains autres n'eussent même déjà disparu.

 

Pour autant, les entomologistes n'avaient alors pas perdu espoir. On pouvait encore constater que toutes les catégories d'éphémères restaient observables. Elles étaient étudiées de très près. On fondait tant d'espoir sur eux : ils étaient peut-être la clef pour retrouver la trace de certains papillons. Avec le temps et le travail nécessaire, des croisements restaient possibles. La créations de nouvelles espèces était parfois l'étape-clef de l'évolution des insectes. Pourquoi ne pas croire que les papillons restants, éphémères ou non, suffiraient pour redonner du souffle à l'ensemble du groupe ? Des tentatives isolées pour requinquer les papillons encore en vie ont été tentées. En vain. Les jolies couleurs, les incitations répétées, les changements d'habitat, un peu d'énergie semblait semblait revenir mais la vie s'étiolait à nouveau quelques temps plus tard. Comme inexorablement. La piste des éphémères n'était pas la bonne, il fallait continuer à s'appuyer sur les constatations de papillons, même si elles se faisaient de plus en plus rares.

Un jour enfin, il n'était plus resté pour mener les recherches et se souvenir des papillons que les témoignages répertoriés dans de vieux livres aux pages adoucies par le frottement des doigts, des documentaires archivés et les spécimens exposés sous vitrine dans les musées d'histoire naturelle. Les chercheurs étaient formels, plus trace de vie. Pour autant, on ne voulait pas abandonner. Le monde scientifique mais aussi le grand public, personne ne voulait se résigner.
Parfois, au gré de découvertes archéologiques, on tentait le pari fou de mettre en présence l'essence de plusieurs vieux papillons, on insufflait la vie dans des chrysalides momifiées mais leurs ailes restaient désespérément inertes. Les couleurs figées par des épingles fines ne fanaient pas, le souvenir pouvait rester très vif. Mais les natures mortes ne supportaient pas la comparaison.


Les nouvelles générations arrivèrent, qui n'avaient jamais vu de papillon autrement que sur des images ou par les histoires contées par les plus anciens. Mais comment leur expliquer vraiment ? Comment leur dire ?

Un jour de conférence de presse, alors que tout le monde s'apprêtait à écouter d'un air morne les non-avancées en la matière, on annonça que le doute n'était plus permis : depuis plusieurs semaines et avec certitude, on pouvait l'affirmer, des papillons avaient été repérés. Génération spontanée ? Très longue incubation de larves cachées sous l'écorce ? Micro-climat et micro-espèce ? Personne ne comprenait, personne ne savait mais les faits étaient là. Les papillons étaient de retour.

Rarement une conférence de presse avait été aussi passionnée. Les questions croulaient, les scientifiques étaient dépassés. Car malgré tout, malgré l'émerveillement, la surprise et l'enthousiasme, les chercheurs restaient aussi ignorants qu'avant. Malgré tout, ils ne savaient pas expliquer et encore moins dire si ces papillons étaient les premiers d'une longue série, ou une apparition fugace. Alors, dans l'attente des résultats des examens, le plus simple était probablement de profiter de cette occasion, de partager la découverte. Au cas où.

 

Papillons...

mardi, 13 novembre 2012

Saint Pierre libéré

Depuis 24 heures, je vis sourire aux lèvres, le manque de sommeil et le mal aux pieds ne peuvent pas diminuer la joie qui a pris corps à la seconde où on s'est retrouvé dans le hall de l'aéroport. 

Rome.


Beaucoup beaucoup à dire mais je vais me concentrer sur ma visite du musée du Vatican. 

Énormément de monde attend pour acheter ses billets, heureusement, nous avions eu l'illumination de réserver à l'avance. On a remonté les 500 mètres de queue en sautillant et souriant comme des enfants qui auraient fait une bonne blague.
Bien entendu, une fois dedans, on n'était pas non plus en condition pour une visite intimiste alors sans scrupule, on sautait les salles qui nous plaisaient moins en slalomant autour des groupes guidés. Au départ, le but avoué était le fameux plafond de la chapelle sixtine. Mais au fil des salles, on est obligé de rester parfois bouche bée devant la qualité des oeuvres, leur nombre, leur richesse. On se penche aussi derrière un rideau pour entrapercevoir la fontaine du jardin caché ou prendre une photo du dôme de saint Pierre au loin. 

Même bousculée, je m'arrête devant certains tableaux ou je gêne les autres parce que je tente de voir et de photographier un détail qui me touche plus que le reste. Ce que je croyais au départ être une sorte de visite forcée se révèle en fait un amoncellement de paillettes de bonheur. 

Et puis soudain je m'arrête dans une salle dont un mur entier est en travaux. Les gens y passent rapidement, jettent un oeil et se découragent devant l'aspect fouillis. Mais moi, je suis envahie par ce que je vois. 

C'est très sombre, d'un noir profond qui me donne l'impression d'être aspirée dans le mur qui me fait face. Un cachot où se trouve Saint Pierre.
Et puis dans la même seconde ou quasi, il y a cette chaleur douce et dorée, cet espoir qui est jeté à mon visage. Un ange est venu délivrer l'homme de sa prison. 

J'aimerais être seule avec cette oeuvre. Pouvoir m'asseoir par terre et me laisser aspirer par les couleurs. Au départ, je ne comprends pas réellement ce qu'il se passe dans le tableau puisque je ne connais pas son nom. Je ressens juste un mélange de résignation et de magie. 

Dans ce cachot sombre, on voit briller l'ange, les reflets des armes. Des multitudes de petits points de lumière, pas comme si de la peinture jaune et blanche avait été apposée sur l'oeuvre, comme si une vive lumière venait de l'intérieur de la scène. Comme si j'assistais à tout ça derrière une fenêtre. Je sens presque son reflet sur mon visage. 

Dans mon souvenir, les couleurs sont peu nombreuses, des nuances de noir et de rouge-doré mais chacune a sa force, le noir de l'ombre n'a pas la même texture que celui du cachot. J'ai l'impression qu'en tendant la main, je pourrais toucher l'étoffe du manteau de l'ange, je sentirais sous les doigts la crasse sur le bois du lit sur lequel le prisonnier a dû s'appuyer. 

J'ai eu envie de le prendre en photo. Pas parce que je suis une artiste -je n'allais jamais réussir à en rendre la magie- mais parce que je voulais avoir toujours un souvenir de ce moment qui a mis à contribution bien plus que ma vue. Et je n'ai pas réussi à rendre l'émotion, alors j'ai acheté une grande carte postale, et je l'ai accrochée près de mon lit.

liberation.jpg

 

16:00 Publié dans Ba trip | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, 30 octobre 2012

2011 ce fut...

 

Ah long
Alpe d'huez
Ba Be
Banyuls
Bintan
Budapest
Cai Be
Combourg
Hanoi
Ho chi min ville
Hoi han
Hue
Le Tremblay
Lille
Londres
My Tho
Nice
Ninh Binh
Sadec
Salerno
Singapour
Toulouse

Boyzone
Fyfe Dangerfield
Cake
The Guillemots
Moby
Daniel Darc

L'asticot de Shakespeare
La dernière heure
Les 39 marches
Masques et nez

Au bonheur des ogres. 67 ans plus tard, je découvre enfin Pennac.
Him Her Him Again the End of Him, les livres qui te font rigoler à haute voix, c'est pas si fréquent !
La Pierre et le sabre, oublié dans le taxi en rentrant du Vietnam, grosse frustration de ne l'avoir pas terminé... Il faudrait que je le retrouve.
 
2011 fut celle des larmes. Parce que je n'ai pas su faire autrement quand je me suis trouvée au pied du mur monumental que représentait mon nouveau travail. La pression que je me suis mise toute seule et puis celle induite par les missions et les attentes de mes responsables et de mes collègues devait sortir. Les larmes furent cette soupape.
Celles de mon père en sanglots au téléphone m'annonçant l'hospitalisation de sa maman.
Des larmes de joie aussi, beaucoup. Souvent contenues mais quand même au coin des yeux.

2011 fut aussi celle de la respiration profonde et sereine de celle qui ne renonce pas mais accepte qu'elle ne sait pas dire non, ou du moins pas toujours de façon intelligible pour ses interlocuteurs. On va continuer à me marcher dessus, je vais en réponse souvent râler mais faire. Et puis parfois, tant pis, je claquerai la porte, fort ou non, mais pour toujours. Les signaux avant-coureurs auront souvent été imperceptibles, c'est égal.
Je vous écoute. Tous. Même à mon corps défendant parfois.
Je veux désormais de la réciprocité. Y compris, et c'est un paradoxe que j'assume, quand je refuse de parler.

En 2011, j'ai posé le pied en Asie pour la première fois et j'ai pris conscience de ma force parfois et de mon adaptabilité toujours.
J'ai peur souvent mais j'essaie encore plus souvent.

En 2011, il y eut aussi une demande de témoignage, un pied hésitant puis ravi dans les rizières, The twin, aller voir Donna chez elle, presque aux antipodes, l'approfondissement de mon histoire avec poussin,  l'évolution professionnelle fulgurante, les premières vacances idylliques avec "mon épouse" et ses enfants, la rencontre IRL avec tic & tac que j'ai aimés instantanément et qui m'emmènent toujours bien loin de moi.

En 2011 il y a eu Evie.

2011.jpg

 

13:34 Publié dans Intibacy | Lien permanent | Commentaires (1)

dimanche, 21 octobre 2012

Fables

 
Fables.png
 
Pour une fille comme moi qui collectionne les livres de contes (enfin, collectionnais plutôt vu la place que ça prend) tomber sur un livre qui s'appelle Fables, c'est quasi irrésistible. Quand en plus tu t'aperçois que ça mélange Blanche-Neige, la Bête, Barbe-Bleue...

J'ai acheté direct 4 tomes. Il fallait que je sache de quoi il allait retourner.

Fables est donc une BD de Bill Willingham et James Jean.

Plantons le décor : À New-York de nos jours, certains des héros de nos contes de fées vivent parmi les humains. Ils ont un gouvernement et un mode fonctionnement parallèle à celui des humains mais doivent tous être capables de s'insérer dans la société dans laquelle ils vivent désormais.
Blanche-Neige est l'assistante personnelle de leur dirigeant. Elle et le prince charmant ont fini par divorcer.

Tout commence lorsque Jack (sans son haricot magique) déboule dans le bureau de blanche-neige : sa sœur Rose-Rouge a disparu et son appartement a été mis à sac. L'enquête, menée par le grand méchant loup, commence alors.

Ce livre est tout simplement magique : dès les premières cases j'ai voulu en savoir plus. Plus sur les personnages, plus sur l'enquête, plus sur les raisons de leur présence à New-York. De nombreuses informations sont données et d'autres complètement éludées. Les personnages et leur mode de fonctionnement sont vraiment travaillés, on a l'impression que, comme pour des grandes sagas, l'auteur a déjà imaginé des milliards de détails qu'il ne nous livre pas mais qui donnent de la profondeur aux situations.

Et chacun des pans est réellement traité : quel personnage devient quoi dans la vie de humains, quelles relations sont les leurs ? Pourquoi des personnages de contes de fée doivent-ils se réfugier à New-York alors qu'ils étaient censés vivre heureux, s'être mariés et avoir beaucoup d'enfants ? Mais bon sang de bois, qu'est-il arrivé à Rose-Rouge ?

fables jack.jpg

La façon dont c'est mis en image, aussi, est vraiment chouette. Sur certaines pages on se retrouve avec une seule case qui fourmille de détails, sur d'autres chaque case apporte du ressort au déroulement de l'enquête. Il y a aussi cette façon de colorer différemment les souvenirs, les descriptions de l'autre monde et le moment présent, ce qui permet de toujours garder le fil.

J'ai enchaîné les tomes qui forment la première histoire en un dimanche matin, pas possible de me lever tant que je ne savais pas la suite. C'est typiquement le style de lecture jouissive d'un aprèm automnal de glandouille. On n'a pas eu le temps de déprimer sur le temps, trop occupé à découvrir et on est tellement content d'avoir lu un tel bijou...

 

22:14 Publié dans Ba lit | Lien permanent | Commentaires (3)